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GaliléE - Extraits de "La Vie de Galilée" de Bertolt Brecht

Bertolt Brecht

« « Nous n’en sommes vraiment qu’au commencement » »

GaliléE - Extraits de "La Vie de Galilée" de Bertolt Brecht
Avec Boutaïna El Fekkak, Luc Cerutti, Joseph Bourillon, Nabil El Amraoui, Mehdi Boumalki
Mise en scène Frédéric Maragnani
Régie Pierre Revel, Nolwenn Delcamp-Risse, Chaimae El Oumami
Dramaturgie Hervé Pons
Scénographie Frédéric Maragnani et Vanessa Lechat

NOTE D'INTENTION

Sur une proposition de Pierre Raynaud, directeur de l’Institut Français de Marrakech, qui souhaitait, après la réussite de la tournée de La Bibliothèque des Livres Vivants et la création du Rouge du Tarbouche d’Abdellah Taïa en 2015 faire entendre ce grand texte humaniste de Brecht au Maroc et en France ; Frédéric Maragnani crée une version « foraine », raccourcie, en français et en arabe avec pour interprète de Galilée la comédienne franco-marocaine Boutaïna El Fekkak.
La question que pose Galilée et que sublime Brecht par son écriture est celle du mouvement. Mouvement de la terre autour du soleil bien sur puisqu’il s’agit de la mise en pratique de la théorie de Copernic face à celle d’Aristote, mais aussi mouvement des idées pour Brecht qui remet en cause brutalement la construction sociale et politique d’une société toute entière. Le mouvement sera au coeur du projet de mise en scène. Le mouvement créé par la multiplicité des points de vue induits par une équipe artistique multiculturelle et transgénérationnelle.
Mouvement du regard qui va s’habituer à voir en Galilée une femme jeune et belle et que ce soit elle qui porte la connaissance et initie les découvertes. Mouvement de l’écoute créé par l’alternance entre le darija (l’arabe dialectal marocain) et le français. Si la base du texte restera en français, le texte de scène sera un subtil tressage entre les deux langues. Mouvement par les corps et les objets en scène. Pensée pour être présentée et réalisée en intérieur comme en extérieur (cour d’école, théâtre de verdure, places et parking) le dispositif scénographique sera de type forain : accessoires et objets démontables et en mouvement.

L’espace représente une place de village avec en son centre un lampadaire de stade et un banc. Une remorque-tente sera le lieu de vie de Galilée et se déplacera de cour à jardin accompagnant le déplacement de l’enseignant-chercheur de Venise, à Florence puis à Rome.
Autour du lampadaire, sur la place du village, tournent les dévots tel un essaim d’abeilles. Pauvres ou riches, ils sont habillés de vêtements sombre, tel des inspecteurs des Renseignements Généraux. Ils s’invectivent, se regardent, cherchent la bagarre, jugent. Galilée et son compagnon, sont un peu à l’écart en avant scène. Ils vivent dans une tente, ou bien une tente-caravane, tels des réfugiés, des marcheurs, ou bien d’éternels chercheurs. Ils seront amenés à plusieurs reprises à changer d’endroits, devant monter et démonter leur espace de vie, et toujours chassés par le groupe de l’Inquisition.
A la fin de la pièce, le livre de Galilée, i discorsi, l’oeuvre de sa vie, sera sauvée par Andréa et sortira de scène pour rejoindre les publics du théâtre, ceux pour qui ces recherches et ces découvertes ont été réalisées : tous les hommes et femmes, sans distinction d’âge, d’origine géographique ou sociale.


LA VIE DE GALILEE - UNE OEUVRE DE BERTOLT BRECHT

« En l’an de grâce seize cent neuf à Padoue La clarté du savoir jaillit d’un pauvre bouge.
Ce n’est pas le soleil mais la terre qui bouge. »
Galileo Galilei calcula tout.

La Vie de Galilée, I, « Galileo Galilei, professeur de mathématique à Padoue, veut démontrer le nouveau système du monde de Copernic », Epigraphe

La Vie de Galilée occupe une place privilégiée dans l’œuvre de Bertolt Brecht. Composée en 1938, peu avant Mère Courage et ses enfants, elle ne prit une forme à peu près définitive qu’en 1955, lors de sa première publication, et la mort interrompit son auteur quand il travaillait à sa réalisation scénique par le Berliner Ensemble.
Certes, Brecht n’a cessé de reprendre, de retoucher ses textes dramatiques : jamais il ne concevait une de ses pièces comme un tout achevé qui, une fois écrit, n’aurait plus qu’à être « porté à la scène ». Ainsi, il n’existe pas moins de quatre versions de sa première pièce, Baal, qu’on avait pu croire, sur la foi d’une légende entretenue par Brecht lui-même, composée d’un seul jet, en moins d’une semaine, pour tenir un pari.
Parmi les pièces de la maturité, La Vie de Galilée est toutefois la seule à avoir été profondément remaniée à plusieurs reprises, sur une période de près de vingt ans.[...]
La fable de Galilée reste à peu près identique, à travers les trois versions de 1938 à 1955. On peut l’énoncer comme suit :
Un savant réputé, Galilée, a le choix entre la sécurité matérielle et la liberté de recherche et d’enseignement : il bénéficie de celle-ci à Padoue et Venise, mais afin d’obtenir la sécurité dont il a besoin pour poursuivre ses recherches, il quitte la République de Venise et se met au service du Grand-Duc de Florence. Là, tout en bénéficiant d’une situation matérielle qui le satisfait, il se trouve obligé de renoncer à ses recherches. Devant l’espoir d’un changement d’attitude de l’Eglise, il reprend son travail sans envisager de rien changer à sa situation matérielle. Il engage alors la science dans un combat décisif avec le pouvoir. De ce combat, il sortira vaincu et la science accrue mais pour longtemps asservie. L’ère nouvelle qu’il a saluée au début de la pièce et qu’il a de nouveau proclamée ensuite, a certes commencé mais elle apparaît grosse de bien des dangers.
Brecht ne modifia guère cette fable. Ce qu’il transforma, ce sont ses significations. Et il le fit à un double niveau : celui des rapports internes entre éléments de la fable et celui des rapports entre cette fable et la réalité à laquelle elle renvoie.

Bernard Dort

Extrait de « Lecture de Galilée, étude comparée de trois états
d’un texte dramatique de Bertolt Brecht », Les Voies de la création théâtrale, n°3, Ed. du CNRS, 1972