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Le cas Blanche-Neige, comment le savoir vient aux jeunes filles

de Howard Barker

« La méchante marâtre de Blanche-Neige fut elle aussi conviée au festin. Mais on avait déjà mis sur le feu des pantoufles de fer que l'on apporta avec des tenailles et déposa devant elle. Puis on la força à chausser ces souliers rougeoyants, et à danser jusqu'à tomber raide morte. »

Le cas Blanche-Neige, comment le savoir vient aux jeunes filles
de Howard Barker
Mise en scène : Frédéric Maragnani
au Théâtre National de l’Odéon – Ateliers Berthier
du 4 au 20 février 2009

Traduit de l’anglais par Cécile Menon (Éditions Théâtrales)
Avec :
Marie-Armelle Deguy : Reine d’un Grand Pays
Christophe Brault : Roi d’un Grand Pays
Céline Milliat-Baumgartner : Blanche-Neige
Laurent Charpentier : Jeune Déviant
Jean-Paul Dias : Smith, Bûcheron, Serviteur
Patricia Jeanneau : Vieille Femme
Isabelle Girardet : Sarah, Jane
(distribution en cours…)

Production déléguée : Compagnie TRAVAUX PUBLICS
Co-production : Théâtre National de l’Odéon
Avec la participation de l’Office Artistique de la Région Aquitaine

« Une Reine est aux prises avec une belle-fille jalouse, Blanche-Neige, qui cherche à lui ressembler par tous les moyens. Le combat sera celui de deux femmes, également belles, dont l’une a quarante-et-un ans, et l’autre dix-sept ans. La Reine, enceinte du jeune prétendant de Blanche-Neige, mourra, comme dans le conte des frères Grimm, d’avoir chaussée les escarpins de fer rougis au feu, que le Roi, pour se venger de tant d’humiliations, a fait préparer pour elle. Le mythe de Blanche-Neige permet à Howard Barker d’explorer de manière paroxystique, comme dans la plupart de ses pièces, l’essence nécessairement tragique de l’être-femme.
Le Cas Blanche-Neige, comme les grandes tragédies dont elle se réclame, est une tragédie de la féminité. La pièce est construite sur une langue tour à tour lyrique, poétique, parfois triviale et argotique, voire obscène. Elle culmine avec la scène du bal, transformée en danse macabre, danse de mort, où le corps sublimé d’avoir tant jouit se tord dans une apothéose de douleur ».



Le Cas Blanche-Neige (Comment le savoir vient aux jeunes filles) possède une très forte gémellité avec Gertrude (Le Cri). Les deux pièces mettent en effet en exposition deux Reines du même âge (la quarantaine), deux madones laïques (du grec laikos « qui appartient au peuple »), toutes deux enceintes et sacrifiées sur l’autel de leur féminité provocante, laminées par le plaisir de leur jouissance sexuelle. Ces madones sont les sœurs ou les proches cousines des figures qui nous viennent des grands mythes de la littérature et des légendes de l’humanité.

Barker agit juste là où cela fait mal : le corps, le sexe, la voix, le cri. Dans les deux textes il crée une tragédie de l’apprentissage et de l’initiation. Il nous livre ces madones-là en pâture et elles sont brutalement jetées au centre sous la lumière par la force de son écriture, par le souffle de l’invention de son nouveau langage scénique, de la construction d’un langage tragique.
Car c’est bien un théâtre tragique nouveau qui se cherche, dans le sens où l’idée de la tragédie est avant tout de nous permettre d’entrer dans la mort. Mais comme tout grand poète de la scène, Barker sait aussi très bien que la tragédie ne peut pas se passer du rire, des effets comiques de répétitions, des ruptures brusques, et des changements d’état. Et l’on assiste plutôt à une tragi-comédie, avec des servantes qui commentent, insolentes, l’action, un Jeune Déviant ou un Hamlet torturé d’un puritanisme morbide et faisant l’apprentissage du cynisme nécessaire à l’exercice du pouvoir, un Roi indécis et fou d’amour : le canevas pourrait au final plus faire penser à un texte d’un Feydeau qui aurait successivement lu Freud et Lacan et rencontré John Waters…

La langue qu’invente Barker construit des événements qui relèvent de la métaphore et non du lieu commun, et par là même fait théâtre. J’ai compris dès le premier texte lu il y a quelques années de cet auteur son haut niveau d’exigence. J’ai vérifié à l’épreuve de la scène sur la mise en scène du Cas Blanche-Neige (comment le savoir vient aux jeunes filles) « la langue à parler » et la justesse des espaces de jeu inventés par l’auteur. Il s’agira pour nous de faire entendre par cette mise en scène l’ensemble du projet d’écriture et de poursuivre ainsi l’histoire de cet extase des madones sans dieux.


Frédéric Maragnani

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