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Les Feux de Poitrine

Mariette Navarro

Les Feux de Poitrine

NOTE D’INTENTION

Notre besoin de fêtes est impossible à rassasier. Le texte de Mariette Navarro ouvre pour moi un nouveau cycle de mise en scène, celui des fêtes et des rituels. Après la matrice des contes, (Le Cas Blanche-Neige, Barbe-Bleue, Vénus, Félicité), les épopées (Sous les arbres, Cri et Ga), le projet d’écriture de Mariette Navarro propose un nouvel horizon, inédit, celui des célébrations rituelles des humains entre eux qui rythment les choses de la vie. Dans l’expérience des fêtes le temps n’existe pas, il est compressé et en même temps permanent.
Les fêtes sont dans le même temps les moments qui se nouent, ceux à venir, et les moments d’après, du retour sur un temps passé. Ce sont les réunions pré et post-traumatiques des groupes d’amis qui forment ou ont un jour formés une association, une alliance. C’est aussi la naissance de nouvelles familles, choisies. Ce sont les fêtes laïques que, humains inconsolables, nous nous imposons comme un besoin impossible à rassasier, des fêtes pour rester vivants. Les Feux de poitrine sont six célébrations païennes : la Fête du Retour, la Fête des neiges, la Fête du plus beau jour de notre vie, la Fête électrique, la Fête du petit matin, la Fête du feu.
Comment se distribue la parole quand on ne sait plus se parler, quels sont les gestes, les regards, les comportements à adopter, les simulacres d’entente ? Quelles perspectives pour ces humains qui essayent de s’entendre ? Quel est le nécessaire effort à développer ? Comment fait-on pour apparaître aux yeux des autres, du groupe ? Les enfants à qui l’on a confié le soin d’organiser la fête d’anniversaire, les adolescents qui assistent, impuissants et désabusés, à la fête de mariage (« le plus beau jour de leur vie ») sont autant de témoins de ces moments.
Un espace onirique ou l’intérieur et l’extérieur puisse se rejoindre est le fil conducteur de mon travail comme le regard face à la construction d’un tableau. Comme dans les rêves justement, des espaces serrés, rétrécis, comme des coins, des pans de murs, mais aussi des espaces de rassemblement, comme celui de la grande table et du banquet, espace que j’affectionne particulièrement.
Mariette Navaro, dont j’avais découvert en 2012 ses premiers textes lors d’un cycle de lectures à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon livre avec constance et détermination dans ce nouveau texte une avancée réelle sur ce projet d’écriture qu’elle mène depuis quelques années : la matière chorale, les flux d’énergie entre les voix, les passages de relais, les rituels.
Frédéric Maragnani

PRÉSENTATION

Depuis plusieurs textes, j’écris autour du groupe, du collectif, de ce qui l’anime : des retrouvailles dans Les Célébrations, une révolution dans Nous les vagues. Que le théâtre soit le lieu des mouvements pluriels et contradictoire fait partie des raisons pour lesquelles je n’ai pas fini d’en découdre avec l’écriture théâtrale, le choeur et l’impossible représentation de la foule.
Avec Les feux de Poitrine, je prends pour objet d’exploration des fêtes. Intimes ou grandioses, inoubliables ou ratées, officielles ou transgressives, elles témoignent d’une formidable énergie mise par les êtres humains à faire quelque chose ensemble, à sortir du quotidien, marquer un passage, oublier ce qui fait mal ou fabriquer de la joie. Quelle importance on y met, à ce moment hors du temps : quelle préparation, quelle mise en scène précise pour quelques heures, pour se retrouver ou se rencontrer, et puis surtout, peut-être, pour libérer les corps. Et que personne ne s’avise de passer à côté de la fête, de ne pas prendre part à la fiction de bonheur qu’elle devient, que personne ne remette en cause le moment inoubliable, et désobéisse à l’injonction d’aller bien. Un personnage, pourtant, dans chaque pièce se pose la question de son envie d’en être et de donner des gages au jeu du « Est-ce que tu es heureux ? ».
Ces six pièces courtes, que j’ai imaginées comme des « nouvelles théâtrales », je les ai aussi écrites pour que se mêlent les voix de tous les âges, enfants adolescents et adultes, chacun avec sa réalité de la fête et de ce qu’il vient y chercher. On peut les lire ou les jouer de façon autonome, ou bien suivre le chemin qu’elles proposent, de l’intime au politique, de l’inquiétude à la joie, du froid installé pour des années, au grand feu sur la plage.
MARIETTE NAVARRO, janvier 2015