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Ma solange - Première intégrale

de Noëlle Renaude

Ma solange - Première intégrale
Se faire un pari. Pour soi. Dans un premier temps. Partir d’un désir artistique et créer une aventure de théâtre en réalisant la mise en scène de Ma Solange, comment l’écrire mon désastre. Alex Roux, de Noëlle Renaude, texte-témoin de quatre années d’écriture, jaillissement continu de paroles, de voix, de mondes, recherche tenaces des formes qui pourrait dire, même partiellement des morceaux d’humanité. Se saisir de l’intégralité de ce roman théâtral et inventer une procédure de travail par épisodes.

Fonder à partir de cette exigence de mise en scène une exigence de la représentation. COMMENCER le samedi 17 novembre, à 14h dans la grande nef du Capc - Musée d’art contemporain par un premier épisode intitulé Jardin du Musée (durée : deux heures). Inviter des artistes (auteurs, acteurs, metteurs en scène) à se mêler à notre jeu et faire entendre d’autres voix. Inviter Anne Alvaro à venir se mêler au travail préalable de Virginie Faureau, Thierry Paul et David Serraz les trois acteurs de cette aventure. Inscrire l’intégrale de cette longue épopée dans différents lieux sur une ville. Et ainsi proposer des angles de vues multiples dans le chemin d’exploration des formes qu’est cette mise en scène.

Au tout début, une pièce de théâtre pas comme les autres. un texte qui intrigue et qui inquiète : qu’est-ce que c’est que ces fragments ? Comment ça fonctionne ? Voit, au moment de la décision, le désarrois d’autres des personnes rencontrées, voir aussi l’enthousiasme de certain, leur plaisir, leur étonnement, et avoir l’intuition qu’il y à là quelque chose à chercher. Faire acte de chercheur. Traverser à pied et ensemble l’esplanade qui sépare le Capc - Musée d’art contemporain du lieu de représentation du deuxième épisode, le Grand-Théâtre Opéra de Bordeaux. J’ai pensé un temps faire l’ensemble du parcours à pied. Meilleur moyen de prendre possession des espaces. Arpenter. Cette marche entre les deux premiers lieux comme un élan collectif à une aventure qui commence. SE RETROUVER à 16h45 au Grand-Théâtre Opéra de Bordeaux pour le deuxième épisode intitulé Château Feydeau (durée : une heure). Entendre Noëlle Renaude dire la première partie de cet épisode. Écouter la voix de l’auteur du texte, son grain, son souffle. Continuer à diriger les opérations. Imaginer la résonance du texte dans certains lieux. Imaginer, chronomètre en main, les temps, les rythmes, les interventions de chaque artiste.

Je repense aux épisodes déjà crées au cours de la saison 2000-2001.
Les titres viennent de ces premières créations, des lieux où ils ont été produits.
Ce sont des strates qui se déposent.
Jardin du Musée dans le Jardin du Musée aux Chantiers de Blaye et Château Feydeau au château Feydeau à Artigues-près-Bordeaux. Voilà, c’est simple. Décider de partir d’une première hypothèse sur chaque création, en changer sans arrêt après au gré du flux et du reflux du texte. PROPOSER la mise en scène de la deuxième partie de l’épisode Château Feydeau (durée 45 minutes) à Michel Cerda et son équipe d’acteurs, Guillaume Laîné, Sébastien Lalanne, Cendrine Orcier et Agathe Rauillier. Lui proposer deux représentations à la Maison Cantonale de Bordeaux-Bastide, à 18h30 et 20h30. J’avais vu la mise en scène de Ma Solange par Michel. Il y à deux ou trois ans, à Saint-André-des Vergers près de Troie. Je ne sais plus si j’avais déjà l’idée de ma mise en scène en tête.
Je ne m’en souviens plus.
La construction des signes de scène et le plaisir de jeu des acteurs m’avait intéressé. Comme un « cousinage », une communauté d’idées.
Autre « cousinage » : 8, la dernière pièce de Noëlle Renaude. Une densité nouvelle de son écriture que j’ai envie de mettre en avant et en regard de noter traversée, 8, c’est un petit groupe de gens qui crée un itinéraire provisoire sur un très court temps. En donner lecture. Théâtre de Port de la Lune - Théâtre National de Bordeaux - Aquitaine en préfiguration / Chapelle de la Direction Régionale des Affaires Culturelles samedi 17 novembre, à 18h30, dans le cadre des grandes Traversées - itinéraire d’une écriture contemporaine, mise en voix par Noëlle Renaude de son premier texte. 8 (durée 30 minutes), avec Anne Alvaro et Frédéric Maragnani. Être dans le sublime et la honte. Je me souviens de moment de grâce : David, dans le texte de « l’homme qui a tout perdu » (Tome 1 - page 107 - « Au fil des jours… ») en Dordogne, Virginie et sa difficile contrainte de dire le texte appris par cœur face au public.
Ce sont des moments où le temps se suspend.
Ce sont de beaux moments.
La honte assumée comme partie intégrante du texte et de la mise en scène, la clownerie à deux balles, le grotesque, le lamentable.
Ces moments où en représentation au fond de la salle, je me cache la tête entre les mains en riant. Cette mise en scène suppose l’invention d’une pratique artistique. Qui donne le primat à la création de l’artiste. Ne pas pouvoir « régler » (comme on dit au théâtre) l’ensemble des signes du fait de l’immensité de l’œuvre. C’est peut-être possible mais cela n’intéresse pas. Développer un autre type de direction et de relation avec les artistes.

Avec les acteurs, j’alterne le travail de détail d’un mouvement, d’une seconde, d’un geste et de longues lignes de conduite laissées libres en création (beaucoup de passages étant presque improvisés avec la base d’une bonne connaissance du texte). Ce détail précis et raffiné reste en opposition avec les zones d’incertitude, de brouillon parfois. C’est ce décalage, ce trouble, qui rend l’acteur créateur et fait théâtre.
PASSER la nuit du 17 au 18 novembre au TNT - Manufacture de chaussures et y présenter six épisodes successifs. De 21H30 à 9H30. Décliner ainsi : Métier, Salle de fête, Manufacture, Saint-Benoît, Rue Joséphine, Grande traversée (durée totale des six épisodes : douze heures) avec Virginie Faureau, Thierry Paul, David Serraz, Eugène Durif, les lycéens d’Excideuil (Dordogne), Gilbert Tiberghien et les lycéens du lycée de Porentis-en-Born (Landes). Une unité de diffusion de la parole, une usine de production en continue, voilà ce que nous sommes.
Toutes les paroles d’un monde.
Les paroles honteuses, trébuchantes, la réinvention de dialectes et de sociolectes, l’invention d’une langue des morts, les chants, le bruit des parleurs, toutes les langues des oubliés, nous les organisons au fil du texte, nous cherchons les endroits de leur apparition. Nous travaillons à partir de cartes, les cartes du monde de Ma Solange. La scénographie dessine ainsi, à partir des lieux cités dans le texte, de nouvelles lignes de partage, que nous juxtaposons, épisode après épisode. L’écriture se resserre. Quatre ans d’écriture, de 1993 à 1997, alors forcément, journal crypté d’une écriture. Alex Roux disparaît un moment, remplacé par un intérimaire, un certain Jean-Michel Durandeau.
L’écriture se fait universelle, les références familiales disparaissent.

Le troisième livre que nous lisons sans jamais l’avoir encore travaillé en scène nous apparaît tout doucement.
Le pari d’une seule Première de théâtre, sans faire de Générale.
RENCONTRER Christophe Huysman à 11H le dimanche 18 novembre sur la scène du Théâtre Fémina avec Virginie Faureau, Thierry Paul et David Serraz. Les acteurs font tout ce petit monde. Ils changent de voix, d’adresse, de regard, prennent à parti la représentation et les regardants, les écoutants. Chacun travaille à l’assemblage des vues et en devenant peu à peu l’architecte de sa propre histoire, se l’approprie.
Faire le pari de la durée.
Être là sur la quinzaine d’heures de représentations. Sans savoir au début que ce pari sera celui de près de deux ans de travail.
Faire un acte contemporain.
Frédéric Maragnani