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Petits rôles

de Noëlle Renaude

Petits rôles
« Petits rôles a été pour moi comme une histoire d' amour. Avec un peu de recul, l'expérience si éprouvante mais toujours passionnante de cette création a représenté une étape dans ma vie de comédien dans laquelle je ressens aujourd'hui un AVANT et un APRÈS.
L'aventure tout au long de son parcours qui aura duré quatre années pourrait simplement se raconter par une farouche envie de travailler encore et encore sur une même partition sans cesse remodelée au hasard des lieux. Et je la découperais plus précisément en trois actes avec son début, son milieu et sa fin.

PROLOGUE

C'est l'histoire d'un collectif d'amis-acteurs où les préliminaires sont excitants : Qui fait Quoi ?

1er acte : On cherche, on doute - ça pétille !

Le metteur en scène, Frédéric Maragnani, explore cette écriture tel un spéléologue et amène ses acteurs aux figures marionnettiques au fin fond d'un canapé - gouffre ; l'air y est rare, les corps faussement décontractés : cette première station scénique assise est une véritable apnée à la limite du supportable, dans une polyphonie parfaitement orchestrée avec ses petits trous d'air calés minutieusement entre les mots, ses échanges de regards incisifs et son économie de gestes. Il cherche la définition du temps : les silences sont rois...
Le temps de ce premier objet théâtral enfanté dans la douleur durera une heure et quart ; la grossesse aura été douloureuse.

2e acte : On déconstruit, on recrée - ça explose !

Après l'espace souterrain, l'espace aérien : le noyau assis éclate tel un atome formant un corpuscule composé de quatre électrons (et d'un électron libre, Cornet le chien) matérialisé dans l'espace par une ligne droite. Chaque figure-électron fera des va et vient entre son point d'origine et l'espace délimité par les murs du lieu ET à un moment donné, sous l'effet d'une excitation textuelle, le noyau se détachera, formant ainsi un tissu cacophonique qui, au finish, explosera.
Dans cette deuxième station debout où la vitesse s'accélère, où l'adéquation espace - son est plus évidente, le temps de ce deuxième objet durera quarante cinq minutes !

3e acte : On re-recrée, on s'enivre - ça s'envole !

Dans la dernière ligne droite de cette aventure Renaudienne, Frédéric Maragnani ré-adapte cette forme (station debout) en fonction des lieux. Il travaille par ajustements : oublier un geste, une expression, les remplace par d'autres,régler le volume sonore des uns par rapport aux autres.
Et jusqu'au bout, il sera d'une grande exigence, en nous demandant sans cesse de ré-inventer , re-découvrir le texte, nous tenant en alerte en renonçant toujours au confort de l'acteur, trouver sa liberté dans l'inconfort.
Son regard a été fondamental. Parfois violent pour moi, mais fondamental. Au bout du compte, nous pouvions nous entendre sur un choix. Le rôle de Monsieur Sam a eu un effet rare, celui de regrouper en une expérience beaucoup d'autres, peut-être presque celles d'une vie.

ÉPILOGUE : Le trépas vient tout guérir

Signes d'essoufflement, lassitude, indisponibilité, acte manqué... Il y a toujours une FIN dans les plus belles histoires d'amour.
Je crois que la jouissance de l'acteur sur scène, c'est quand il trouve sa propre liberté à l'intérieur d'une contrainte, d'un cadre serré mais c'est une liberté tenue qui ne doit jamais déborder. Pour ma part, j'essaie d'y parvenir en imaginant que tout le travail consiste à avancer en suspens au bord d'un précipice, en confiance. Et dans Petits rôles, j'ai éprouvé, par moments, cet état suspendu jusqu'à l'ivresse.
C'est dans la résistance que la création est la plus libre et pour moi Petits rôles en a été un très bel exemple ».

Jean-Paul Dias - mai 2001